Vous vous entraînez dur, vous mangez « sainement », et pourtant vos règles ont disparu depuis plusieurs mois. Beaucoup de sportives vivent cette situation comme une fatalité, voire un signe positif de forme physique. C’est l’inverse : l’absence de règles liée à l’entraînement est un signal d’alarme que le corps envoie quand il n’a plus assez d’énergie disponible pour fonctionner normalement.
Aménorrhée sportive : de quoi parle-t-on vraiment ?
L’aménorrhée secondaire se définit comme l’absence d’au moins trois cycles menstruels consécutifs chez une femme qui était auparavant réglée. Chez les sportives, elle s’inscrit dans un ensemble plus large que les chercheurs appellent aujourd’hui le RED-S — Relative Energy Deficiency in Sport, ou déficit énergétique relatif du sport.
Ce concept a remplacé une notion plus ancienne, la « triade de l’athlète féminine », qui se limitait aux troubles alimentaires, à l’aménorrhée et à l’ostéoporose. Le consensus du Comité International Olympique publié en 2014 a élargi cette vision : le RED-S touche potentiellement tous les systèmes du corps — hormonal, osseux, immunitaire, cardiovasculaire, métabolique et psychologique — et peut concerner n’importe quel athlète, quel que soit son niveau ou son sexe.
Une prévalence largement sous-estimée
Les troubles menstruels liés à l’effort touchent environ 20 % des sportives en moyenne, mais ce chiffre grimpe considérablement selon les disciplines : jusqu’à 44 % chez les danseuses classiques et 51 % chez les coureuses d’endurance. Ces chiffres sont probablement sous-estimés, car de nombreuses sportives ne signalent jamais ce trouble à un professionnel de santé — soit parce qu’elles l’ignorent, soit parce qu’elles le considèrent comme une conséquence « normale » d’un entraînement sérieux.
C’est précisément ce malentendu qui pose problème. Plus l’aménorrhée est banalisée, plus les conséquences à moyen et long terme ont le temps de s’installer silencieusement.
Le mécanisme derrière l’arrêt des règles
Le corps fonctionne avec un principe de priorisation énergétique. Quand les apports caloriques ne couvrent pas les besoins liés à l’entraînement — qu’il s’agisse d’une restriction volontaire, d’une sous-alimentation involontaire (l’appétit ne suit pas toujours l’augmentation des dépenses) ou d’un déséquilibre lié à des comportements alimentaires perturbés — l’organisme réduit les fonctions qu’il juge non essentielles à la survie immédiate. La fonction reproductive fait partie des premières fonctions mises en veille.
Ce mécanisme passe par l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien : l’hypothalamus, percevant un déficit énergétique, réduit la sécrétion des hormones qui pilotent normalement le cycle menstruel. Le seuil généralement cité par la recherche se situe autour de 30 kcal par kg de masse maigre par jour de disponibilité énergétique — en dessous, des effets négatifs sur la santé ont été observés dès cinq jours de déficit dans certaines études cliniques.

Des conséquences qui vont bien au-delà du cycle
L’arrêt des règles n’est qu’un symptôme visible d’un déficit énergétique plus large. La conséquence la mieux documentée concerne la santé osseuse : les sportives en aménorrhée ou en faible disponibilité énergétique présentent une densité minérale osseuse réduite et un risque accru de fractures de stress, comparées aux sportives ayant un cycle régulier et des apports énergétiques suffisants.
D’autres systèmes sont également affectés. Sur le plan cardiovasculaire, les sportives en aménorrhée fonctionnelle présentent une dysfonction endothéliale et un profil lipidique défavorable, probablement liés au déficit en œstrogènes. S’ajoutent souvent une fatigue chronique, des infections à répétition, des troubles de l’humeur et, paradoxalement, une stagnation voire une baisse des performances — l’organisme finissant par tourner au ralenti plutôt que de s’améliorer.
Pourquoi ce n’est pas qu’une question de poids
Un point essentiel, souvent mal compris : le déficit énergétique relatif n’est pas réservé aux sportives très minces ou en sous-poids apparent. Une sportive avec un poids et un IMC « normaux » peut tout à fait être en faible disponibilité énergétique si ses apports ne couvrent pas son volume d’entraînement. C’est pour cette raison que le dépistage ne peut pas se limiter à une observation visuelle ou à un IMC — il nécessite d’évaluer le rapport réel entre apports et dépenses énergétiques, ainsi que la régularité du cycle.
Mon approche en naturopathie du cycle féminin sportif
Quand j’accompagne une sportive concernée par une aménorrhée ou des troubles du cycle, le bilan initial évalue systématiquement trois axes : le rapport réel entre charge d’entraînement et apports énergétiques, les éventuels comportements alimentaires restrictifs même non conscients, et les marqueurs indirects de stress chronique qui peuvent aggraver le déséquilibre hormonal.
L’accompagnement ne consiste jamais à « faire manger plus » de façon générique. Il s’agit d’identifier précisément où se situe le déficit — qualitatif, quantitatif, ou les deux — et de travailler avec la sportive sur un réajustement progressif qui respecte à la fois ses objectifs sportifs et la nécessité de restaurer la fonction hormonale. Le retour du cycle n’est pas toujours immédiat, mais c’est un indicateur fiable que l’équilibre énergétique est en train de se rétablir.
Ce travail s’articule souvent avec un soutien sur la gestion du stress et sur la récupération globale, deux facteurs qui interagissent directement avec l’axe hormonal et peuvent freiner ou faciliter le retour à un cycle régulier.
Aménorrhée sportive : questions fréquentes
Est-ce normal de ne plus avoir ses règles quand on s’entraîne beaucoup ?
Non, ce n’est pas une réaction « normale » et souhaitable à un entraînement intense, même si elle est fréquente. L’absence de règles indique que le corps manque d’énergie disponible pour assurer ses fonctions non vitales, dont la reproduction. Cela mérite d’être pris en charge, pas simplement accepté comme un effet secondaire du sport.
Faut-il être très mince pour développer un RED-S ?
Non. Une sportive avec un poids et une corpulence dans la norme peut être en déficit énergétique relatif si ses apports ne couvrent pas son volume d’entraînement. L’apparence physique n’est pas un indicateur fiable — c’est le rapport entre apports et dépenses qui compte.
Combien de temps faut-il pour retrouver un cycle régulier ?
Cela varie fortement selon la durée de l’aménorrhée et l’ampleur du déficit énergétique à corriger. Certaines sportives voient un retour du cycle en quelques mois après un réajustement, d’autres ont besoin d’un accompagnement plus long. La progressivité est essentielle pour ne pas créer un nouveau déséquilibre.
Le RED-S concerne-t-il aussi les hommes ?
Oui, même si les manifestations sont moins visibles que l’aménorrhée. Le consensus international souligne que le déficit énergétique relatif du sport peut toucher tout athlète, homme ou femme, avec des conséquences similaires sur la santé osseuse, hormonale et métabolique.
Quand consulter pour une aménorrhée liée au sport ?
Dès l’absence de trois cycles consécutifs, ou avant si vous observez d’autres signes (fatigue inhabituelle, blessures à répétition, stagnation des performances). Plus la prise en charge est précoce, plus le rétablissement est rapide et plus les risques à long terme — notamment osseux — sont limités.
Retrouver l’équilibre entre performance et santé hormonale
Si votre cycle s’est arrêté ou est devenu irrégulier depuis que vous vous entraînez intensément, ce n’est pas un détail à ignorer. Un bilan permet de comprendre précisément ce qui se passe dans votre cas, et de retrouver un équilibre qui ne vous oblige pas à choisir entre votre santé et votre pratique sportive.
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Aurélien Calonne est naturopathe, formé à l’école Pranathena
auprès de Danielle Boussard et Fabien Moine, et spécialisé en détoxification
des métaux lourds par Stéphane Tétart — naturopathe formateur de référence sur ce sujet en France. Ancien ingénieur, il applique une approche rigoureuse et progressive, ancrée dans la physiologie et les données disponibles.
Il accompagne ses clients en cabinet à Sainghin-en-Weppes (15 min de Lille) et en ligne depuis 2022, sur des problématiques de détox, nutrition et équilibre postural.
Pour en savoir plus : page À Propos
